L'aven du Thipau à Siou Blanc

Publié le par Amine Spéléo

Après la fameuse traversée souterraine de Saint-Marcel d'Ardèche, on commence forcément à s'habituer aux grands volumes souterrains français et surtout à leurs profonds puits ! L'expérience suivante de spéléologie n'était pas moins surprenante non plus et la surprise était également de taille ! Je parle de la visite d'un gouffre au plateau de Siou Blanc, en arrière pays de Toulon, dénommé le Thipau (ou Thipauganahé, initiales des noms des spéléologues qui l'ont découverts il y a deux ans). Presque toutes les cavités et gouffres connus dans ce secteur sont étroits et difficiles à explorer. Le Thipau par contre en fait l'exception ! Après la descente de plusieurs puits, on y accède à une gigantesque salle à volume immense, comparable aux volumes souterrains ardéchois. Mais pour ma part, une surprise m'était complètement inattendue !

 

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Après avoir préparé le matériel au Spéléo Club de Toulon, nous sommes partis un week end d'avril sous un temps froid et nuageux. Direction : le plateau de Siou Blanc. Une heure de route et nous étions à côté de l'entrée du fameux gouffre, une entrée pas très grande à 3m de diamètre. L'aven du Thipau a été découvert il y a deux ans par le Spéléo Club de Sanary au cours d'une prospection dans le secteur. Il descend sur plus de 150m de profondeur à travers une succession de puits pour arriver enfin à une gigantesque salle souterraine. 

 

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Parmi les présents, Laure, Hervé et trois jeunes spéléo du club : Jordi (dont le père est un ancien spéléo de Toulon), Sébastien et Romain. 

Celui qui équipera le gouffre est Romain, jeune et très sympathique spéléologue qui avait appris les techniques aux cours de plusieurs stages fédéraux de la FFS (Fédération Française de Spéléologie). Sébastien sera celui qui déséquipera. 

 

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La progression commence par la descente de plusieurs puits qui font 30m au maximum pour chacun avec quelques passages de ressauts et de boyaux étroits. Après 3 descentes, on accède à l'entrée d'un puits, et là était la surprise ! Devancés par Laure, j'attendais moi et Hervé pour qu'elle arrive jusqu'en bas afin qu'on puisse descendre à notre tour. Les minutes passaient et Laure toujours pas encore arrivée ! J'ai demandé à Hervé s'il se passait quelque chose, il m'a dit que c'est tout à fait normal puisque le puits est un P92, c'est à dire de plus de 92m de profondeur en pure verticale !!! Pour ne rien cacher, j'étais aussitôt pris de stress et d'agitation. Bien que cela fasse déjà 5 ans que je fais de la spéléo, jamais je me suis heurté à un puits de plus de 40m ! Faire tout d'un coup le double de cette profondeur était pour moi proche de l'extrême tolérable, et le pire c'est que le puits est à remonter après, ce qui demande un effort physique et mental titanesque pour les non habitués ! Bien sûre, renoncer est non envisageable, mais j'étais à la fois excité de pouvoir faire ma première expérience réelle des puits profonds. 

Il est à noter que ce P92 est fractionné en 3 étapes, il faut donc maitriser parfaitement la technique de fractionnement en plein vide parce que la moindre faute de manœuvre sera fatale...

 

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J’entamais ma descente avec une certaine confiance. Le début du puits est un étroit cylindre où la paroi est proche et ça continue jusqu’à 40m, au passage, deux fractionnements. Après cette descente en tube, le volume devient gigantesque ! Nous sommes au dessus de la fameuse grande salle, tout est complètement noir, le bas et les parois sont invisibles ! On a l’impression d’être suspendus au milieu de nulle part, au cœur des ténèbres ! L’arrivée en bas, je l’ai vécu comme une première victoire, c’était une véritable montée d’adrénaline.

 

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La salle est immense et super concrétionnée. Les parois étaient magnifiquement décorées par tous les types de concrétions. Il y avait également un balisage soigneusement tracé pour ne pas abimer les concrétions.

Entre temps, Jordi faisait des expériences très intéressantes d’appels radio avec son père resté à l’extérieur, un spéléologue et professeur d’électronique. Il expérimentait un système de communication radio en milieu souterrain, qui sera fortement utile notamment au cours d’interventions en spéléo secours. Et apparemment, le système, sans fil tout de même, fonctionnait parfaitement bien !

 

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Le temps d’une pause déjeuné, je suis parti avec Hervé faire un tour dans la salle et prendre quelques photos des fameuses parois aux décors impressionnants !

Après la balade, l’heure est venue pour la fameuse remontée. En effet, remonter tout le long d’un puits de 92m de verticale demande le double en effort physique et mental que la descente !

 

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Précédé par Romain, j’ai commencé la remontée. Le temps de gagner une trentaine de mètres, l’épuisement et le stress commençaient à se sentir. Il me restait en plus de franchir les fractionnements sans la moindre faute. Un des pires moments que j’ai vécu en spéléo jusqu’à maintenant est d’être suspendu à plus de 60m de haut dans un volume immense, devant un passage de fractionnement et une trentaine de mètres en haut encore à franchir ! Après des tractations et des doutes, j’ai franchi le fractionnement et entamé la remontée au niveau du tube cylindrique, là où je me sentais plus à l’aise en touchant la paroi. A mis chemin, j’ai pu m’arrêter pour prendre une photo qui restera à jamais gravée dans ma tête, celle de la lueur lointaine de la lampe d’Hervé entrain de franchir le premier fractionnement.

La suite de la remontée est sans histoire puisque les puits de 30m me sont devenus des classiques habituels.

 

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A la sortie du gouffre, j’étais complètement épuisé mais fortement heureux d’avoir dépassé mes limites de profondeur et de réaliser ainsi mon premier record de descente !

Bonne soirée !

 

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