Le fantastique réseau souterrain de Saint-Marcel d'Ardèche

Publié le par Amine Spéléo

 

La France est le pays souterrain par excellence ! Parmi les grottes splendides les plus connues au monde, nombreuses sont françaises. Je parle des cavités mythiques comme le réseau de la Pierre Saint-Martin, le gouffre Berger, le gouffre de la Henne Morte, de l’aven d’Orgnac etc. mais aussi de la grotte de Saint-Marcel d’Ardèche, dans le sud du pays. Les spéléologues y ont explorés jusqu’à aujourd’hui pas moins de 55 km de galeries souterraines, sèches et noyées, parmi les plus belles et les plus fantastiques du monde !


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Redécouvertes en 1835 par un chasseur d'Aiguèze, les grottes de Saint-Marcel d'Ardèche se situent dans les différents domaines de la géologie, l’archéologie, la spéléologie et le tourisme à un niveau exceptionnel.
Par accès creusé en 1988 près de la route touristique des gorges de l’Ardèche, on visitera en un peu moins d'une heure la partie aménagée de ces grottes dont l'attrait exceptionnel réside dans la longueur du réseau, l'immensité des salles, l'importance et la beauté des concrétions et la vaste étendue de ses gours sans pareil en Europe.

 

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Il est donc inconcevable bien entendu de rater une précieuse opportunité de visiter ce réseau et encore plus, dans le cadre d’une sortie spéléologique et non pas touristique !

C’était donc avec le Spéléo Club de Toulon qu’une expédition se préparait. Je faisais partie des participants. La liste comprenait 8 personnes. Une réunion technique fut programmée au mercredi de la même semaine du départ. Il fallait préparer une liste du matériel à prendre (cordes, casques, baudriers, mousquetons etc.) et discuter des consignes et de la logistique générale.

 

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On fera une progression sur plus de 4 km de galeries. L’accès au réseau de Saint-Marcel se fait à travers trois entrées possibles : une entrée touristique à la partie aménagée, une entrée naturelle située à côté des gorges et une entrée supérieure (l’aven Despeysse), creusée par les spéléologues locaux au terme d’un travail titanesque de désobstruction. Nous avons décidé de faire l’aven Despeysse, effectuer une progression sur plus de 4 km à travers les galeries humides pour arriver ensuite à la partie aménagée et sortir par l’entrée naturelle. Au vu de la topographie de la grotte, c’est une configuration extrêmement complexe où les réseaux s’entrecroisent et se chevauchent dans une espèce de labyrinthe très compliquée. Il est facile de se perdre dans cette immensité souterraine !

 

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Par un après midi de vendredi, nous avons pris la route pour l’Ardèche, à plus de 300 km de Toulon. Nous étions 8 personnes : moi, Hervé, Laure, Chantal, Didier, Pierre, un autre Pierre et Sophie. La destination finale est le village de Vallon-Pont-D’arc, situé au début des gorges de l’Ardèche, là où les amateurs de kayak et de canoë viennent pour les vacances d’été. En hiver c’est un village presque fantôme. Avant d’y arriver, il fallait passer au village de Bourg-Saint-Andéol, sur les rives du Rhône, pour récupérer les clés de l’aven Despeysse (fermé à clé) d’un spéléologue local qui a la charge de protéger et de réglementer l’accès à la grotte.

 

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Arrivés à Vallon-Pont-D’arc, nous y sommes installés dans un superbe gite d’étape en face de l’hôtel de ville.

Le lendemain tôt le matin, nous étions prêts pour la fameuse exploration. Fort heureusement, pour arriver à l’entrée de l’aven Despeysse, il fallait longer toute la superbe route des gorges de l’Ardèche dans des paysages fabuleux !

Après des tractations dans la forêt suite à une erreur de localisation GPS, nous étions arrivés devant la fameuse entrée de l’aven, ressemblant à s’y méprendre à une ouverture d’égout ! L’aven Despeysse descend sur 135m à travers une succession de puits et de boyaux pour arriver ensuite au niveau des fameuses galeries, là où commencera l’exploration. La descente de l’aven était très technique sur le plan spéléologique, tous les types de progression s’y exercent (montée, descente, fractionnement, déviation, vires etc.) dans des passages très humides par endroits.

 

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Au bout d’efforts conséquents dans cet aven très humide et où les descentes sont une véritable partie de canyonning, nous sommes arrivés au niveau des galeries. Les volumes sont immenses, de véritables galeries de métro ! Le temps d’une pause déjeuner d’une heure, nous étions prêts à entamer la traversée jusqu’à l’entrée naturelle, à plus de 4 km !

 

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J’étais complètement déboussolé dans cet univers minéral sculpté par l’eau. La taille des galeries était impressionnante et les types de concrétions infinis ! Parfois, on était obligé de traverser un lac à la nage tellement il y avait de l’eau (sa température est de 9°C) ! A un certains moments, on arrivait à des endroits où il y avait plusieurs passages possibles, et heureusement que Laure était là pour nous guider, de part son assez bonne connaissance de la grotte. Tout le long de la traversée, on s’arrêtait pour prendre des photos, pour manger un coup ou pour carrément se reposer.

 

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Certains passages étaient compliqués et où il faut beaucoup de délicatesse pour passer. Il est arrivé à un moment où nous étions deux groupes de progression. Le mien avait pris le mauvais chemin et on s’était perdus dans les galeries ! C’était un super coup de panique qui nous a vraiment fait froid au dos ! C’était grâce à Hervé qu’on avait pu se rejoindre enfin.

 

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Après plus de 4000m de progression, nous étions enfin arrivés presque au bout du chemin. Il y avait une porte fermée à clé qui nous permettait d’accéder à la partie aménagée et aux réseaux 3 et 4 super concrétionnés. De là, on suivait des galeries secs pour sortir de l’autre côté, par l’entrée naturelle.

 

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Arrivés à la partie aménagée enfin, nous avons filés nos vêtements secs et profités pour faire la visite des galeries 3 et 4 ainsi que la partie touristique, fermée au public en hiver.

 

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Les galeries, gigantesques, étaient merveilleusement décorées par tous les types de concrétions possibles et imaginables ! Je n’avais jamais vu autant de stalagmites, de stalactites, de gours, de coulées, de draperies etc. bref, une merveille de la création ! Il y avait également à Saint-Marcel les gours les plus impressionnants qui existent en Europe, il suffit juste de les observer pour saisir leur infinie beauté !

 

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Après avoir fait le tour des galeries, nous avons pris le chemin du retour et sortis par l’entrée naturelle. Nous avions passés pas moins de 13 heures sous terre. Nous avons terminé la soirée au gite, autour d’un plat de spaghettis super bien préparé par Sophie !

 

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Jusqu’à maintenant, la traversée souterraine de Saint-Marcel demeure pour moi ma plus belle expérience en spéléologie. J’en garderais toujours un magnifique souvenir avec les spéléos de Toulon que je remercie très chaleureusement pour leur accueil et leur hospitalité !

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Julien 12/09/2010 21:29


Utilise cette expérience pour la spéléo tunisienne ;)
En terme de préparation, de méthodologie, de profesionnalisme dans l'encadrement.
Et surtout, de respect et de protection des cavités !

(quand je pense aux nuits à 20 dans la Mine, à proximité de puits de 10-20 mètres, je me dit qu'on a pas été très sérieux...)